De Bi à Queer

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« Mais alors, t’es bi ? » – un ami à qui je racontais que je voyais une fille depuis quelques semaines.

Ma réponse dans ce genre de moment est généralement « oui, on peut dire ça ». Ce que je ne dis pas, c’est à quel point je trouve ce terme réducteur et finalement peu représentatif de la réalité. Je préfère plutôt dire « j’aime aussi les filles ». Mais c’est là encore, une version simplifiée.

Mon attirance pour les filles est née avec la découverte de ma sexualité – du moins c’est ce dont je me souviens. Comme beaucoup d’ados, j’ai roulé des pelles à mes copines « pour apprendre ». Peut être même que c’est allé un peu plus loin que juste des bisous. Puis j’ai eu mes premières histoires, mes premières expériences sexuelles – avec des garçons. Dans mes fantasmes pourtant, c’étaient des filles qui occupaient une bonne partie de mon univers érotique. Mis à part une première histoire quasi-platonique (et surtout épistolaire), ma vie amoureuse et sexuelle a été majoritairement hétéro – mes rares expériences homosexuelles ayant pour la plupart été des « dérapages » avec des copines curieuses qui savaient ma tendance.

Pendant longtemps pour moi, mon intérêt pour les filles est resté de l’ordre du fantasme et de l’occasionnel. Je me voyais forcément tomber amoureuse d’un mec et faire ma vie avec un homme – les filles étaient mes amies, ou lorsqu’elles entraient dans le domaine sexuel, de quoi inspirer mes sessions masturbatoires. A une époque, j’ai même tenté de « quantifier » ma bisexualité : 70 à 80% hétéro, 20 à 30% homo. Ca n’avait pas vraiment de sens, au fond, car filles et garçons faisaient partie de mon univers érotique, d’une manière différente certes, mais aussi importante l’une que l’autre (en témoigne mon flux tumblr…). Plus tard, après avoir enfin vécu de ces « plans à trois » qui avaient alimenté mon imaginaire pendant des années, j’ai réalisé que fille ou gars, c’était surtout une question de personne, et de contexte – et que c’était là tout le point, quel que soit le sexe de la personne avec qui je prenais mon pied.

Ce n’est que très récemment que j’ai « découvert » le terme de Queer. Je l’avais déjà vu/lu/entendu, sans vraiment comprendre tout ce qui se cachait derrière. En fréquentant un (énième) site de rencontre (note à moi-même : vous parler de mes expériences sur les sites de rencontre un de ces jours) à la recherche d’un(e) partenaire – préférablement féminine, car si je n’ai aucun problème à rencontrer des partenaires masculins (et + si aff), j’ai souvent regretté mon peu d’expérience et de continuité avec les filles -, j’ai souvent vu revenir ce type de phrase : je me définis comme queer. Des lesbiennes, des hétéroflexibles, des bis, bref, des profils assez différents qui se regroupaient sous un même terme.

queer-definitionDéfinition Wikipedia

Au delà d’une simple « catégorisation » d’orientation sexuelle, le terme « Queer theory » regroupe tout un mouvement englobant des problématiques sociales : genres,  féminismes, LGBT. J’avoue me retrouver pas mal là dedans – tout comme cette notion de « sexualité hors norme » qui rejoint mon ouverture et ma curiosité à certaines pratiques.

Que ce soit pour ma situation relationnelle « ouverte » ou pour mon orientation « bi »sexuelle , je crois que je n’aime pas ces catégorisations que l’on essaye de donner, ces « appellations » pour définir un comportement – issu d’une tentative de normer l’hors norme, peut être, ou d’une volonté de générer un sentiment de communauté pour se faire entendre et reconnaître. Pour autant, le terme de Queer, englobant de nombreux axes, est le plus proche de la façon dont je pourrais me considérer – et peut d’ailleurs tout à fait englober la non-exclusivité et la multiplicité de partenaires qui définit en ce moment ma vie.

7 Commentaires

  1. Marietro

    Cette première question, c’est exactement celle-là. Avec rien d’autre autour 😉

    Oui, oui c’est une question de personne pas de sexe.

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      😉
      Merci pour ton commentaire !

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  2. Comme une image

    Je n’ai pas de problème avec le terme « bi » mais je pense que cela vient du fait que je ne suis pas non plus allergiques aux catégorisations (pour faire court : ce n’est pas parce qu’autrui me met dans un case dans son cerveau que je dois me sentir enfermé dedans !). D’ailleurs, j’aime bien mettre des gens dans des cases 🙂

    On trouve sur le net différentes échelles (à 1 ou 2 dimensions) pour « mesurer » sa bisexualité. Il y en a une très simple (l’échelle de Kinsey) qui va de 0 = purement hétéro à 6 = purement homo en passant par 3 = bisexuel sans préférence. Moi par exemple, je me situe entre 1 et 2, j’ai intégré la bisexualité dans mes fantasmes depuis que je suis ado mais je me sens incapable, aujourd’hui, de tomber amoureux d’un homme.

    Je ne trouve pas que « bi » soit un terme réducteur ; au contraire, c’est une porte ouverte vers bien des possibles (alors que « hétéro » ou « homo », ça ferme d’un coup ! Nan ?)

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      C’est intéressant ce que tu dis sur « c’est pas parce que les autres me catégorisent que je me considère dans une case », car ma réflexion était principalement sur comment je me vois moi et je n’aime pas les cases 🙂 Donc on se rejoint un peu je crois…
      Je ne trouve pas ça réducteur au sens négatif du terme, je pense simplement que selon les personnes la notion de bisexualité est très variable c’est pourquoi je ne me reconnais pas toujours dans cette appellation. Comme toi il y a ce ‘entre deux’, mais je suis persuadée que ça peut toujours changer.
      Et merci d’avoir mentionné l’échelle de Kinsley, je vais regarder ça un peu plus en détail.

      Je vais revenir sur le sujet dans d’autres articles je pense, par exemple j’ai trouvé de nombreux « témoignages » de personnes bi qui se sentaient rejetées comme telles (on serait soit homo soit hétéro mais ce in between dérange quel soit le « côté » de la barrière). J’ai aussi ressenti cette gêne dans le milieu lesbien.

      Merci pour tes commentaires en tous cas (je m’en vais de ce pas répondre à l’autre ;))

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  3. Comme une image

    Les homos intolérants aux bi, qu’ils aillent se faire enculer !
    (Oh wait…)

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  4. Pingback: J’ai posé nue sur les Internets | La Quête de la Sainte Culotte

  5. TrulyMadlyLovely Abby

    Je partage entièrement ton point de vue. Nana ou mec, ça reste une question de personnalité, de contexte, parfois même d’envie du moment tout simplement. (De type de porno qu’on a regardé la veille? lol. Référence à ton autre article sur le porno gay).
    Entre aussi dans l’équation ce manque de l’un ou de l’autre, que tu cites, selon le degré d’engagement qu’on a envie d’expérimenter.
    Merci d’avoir éclairé ma lanterne par rapport au terme de « Queer » !

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