Comment je suis devenue infidèle

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Quand j’y réfléchis bien, je crois n’avoir jamais vraiment cru en la fidélité telle qu’on nous l’inculque dans notre culture. Dès mon adolescence, l’idée de devoir se limiter à un unique partenaire pendant des (dizaines d’) années me semblait assez peu réaliste, voir plutôt angoissante. A l’époque où je pensais encore suivre un chemin « normé » – rencontrer le grand amour, me marier, avoir des enfants, vivre heureux jusqu’à la fin de nos jours -, j’ai très vite pris position sur le fait que je ne voulais pas me marier à l’église et encore moins jurer fidélité devant un Dieu quelconque : par respect pour la(les) religion(s) et mes propres valeurs, je ne souhaitais pas ‘mentir’ sciemment devant l’autel en prononçant des mots qui n’ont pas de sens pour moi.

Je n’ai pourtant pas grandi dans un « contexte » qui me poussait à ce genre de réflexion. Mes parents sont mariés (et fidèles) depuis plus de 30 ans, je suis une romantique qui ne s’assume pas, j’ai toujours cru (moins aujourd’hui) au one true love. Je suis sincèrement persuadée que le modèle du couple monogame inculqué dans notre société est viable et qu’il existe des couples fidèles, je ne le crois juste pas envisageable pour moi.

Durant mes relations, j’ai été fidèle – au sens exclusive du terme. D’abord parce que malgré mon point de vue sur le sujet, je me conformais sans y penser à la norme qui veut qu’on se contente d’un seul partenaire à la fois ; mais aussi parce que je n’ai bien souvent pas ressenti le besoin d’aller voir ailleurs. Même dans des relations moins satisfaisantes sur le plan sexuel, j’ai toujours eu un attachement suffisamment fort à la personne pour ne pas avoir envie de passer à l’acte – soit parce que l’envie n’est jamais venue, soit parce que je n’y voyais pas d’intérêt, ou simplement parce que je respectais mon partenaire qui n’aurait pas accepté.

Je n’ai jamais été très jalouse – ou possessive. Très vite, une fois mes peurs mises de côté, j’ai réalisé que j’étais capable d’accepter l’idée que l’autre flirte, drague, date, voir plus, acceptant tout à fait l’idée que je ne puisse pas satisfaire mon partenaire à 100% et que cela ne menaçait pas nécessairement notre relation. Lors de moments compliqués, il m’est même arrivé d’inviter mon copain du moment à coucher avec quelqu’un d’autre – puisque je n’étais pas capable de répondre à ses besoins sexuels.

Ce n’est que récemment que je me suis intéressée de manière plus concrète au sujet des relations « ouvertes ». Si j’avais déjà eu des « plans cul » ou relations assez libres qui ne nous engageaient pas et n’appelaient donc pas à une exclusivité quelconque, je n’avais jamais approché la question sous l’angle d’une relation « sérieuse », sentimentale et durable. C’est peut être étrange de le dire mais ça a été une sorte de révélation lorsque j’ai découvert que oui, il y a d’autres personnes qui, comme moi, ne ressentent pas le besoin de maintenir l’exclusivité sexuelle dans une relation amoureuse, et qui croient que ce mode de fonctionnement est viable.

Ma prise de conscience a été liée à des rencontres et des discussions dans lesquelles je me suis souvent reconnue, j’ai aussi développé mes réflexions avec les idées d’Esther Perel, ou en lisant le blog d’Audren. Le sujet est de plus en plus abordé dans les médias, « on en parle ». Il y a aussi eu ces multiples discussions avec mes amis aux situations relationnelles diverses – infidèles, fréquentant quelqu’un en couple, amoureux de plusieurs personnes, ou autres -, me faisant réaliser que le modèle du couple monogame et exclusif que présente notre culture judéo-chrétienne n’a plus vraiment de sens lorsqu’on fouille un peu plus loin que les apparences. Enfin, j’ai eu l’occasion depuis quelques mois d’expérimenter ce mode relationnel – découvrant avec « l’abolition » de la jalousie intrinsèque aux relations exclusives une multitude de modes d’expressions, et un terrain extrêmement riche en terme d’échanges et de partage…


– Dessin d’Audren le Rioual 

8 Commentaires

  1. Comme une image

    Un article qui me parle ; mon cheminement est semblable à quelques variations près. Mais j’ai dû le faire (à vue de nez) une vingtaine d’année avant vous : le contexte social était moins favorable à l’établissement de relations ouvertes au grand jour (même si, aujourd’hui, c’est pas encore ça !).

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      J’imagine que ça n’a pas dû être facile « à l’époque »… je suis curieuse de savoir comment ta perception a évolué au cours de ces 20 années. C’est encore très nouveau pour moi et je me demande souvent ce que ça deviendra dans 5, 10 ans.
      Je suis d’ailleurs étonnée de trouver peu de témoignages de ma « génération » alors que je rencontre régulièrement des gens de mon âge (25-30 ans) dans cette situation…

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      1. Comme une image

        Disons les choses simplement : « à l’époque » j’étais très banalement un mari adultère. Je n’ai d’ailleurs jamais cherché à nier ce qu’il pouvait y avoir de banal (voire conventionnel) dans mon comportement. Après, ce qui peut (éventuellement) me distinguer du lot, c’est la constance, les motivations, le comportement. Mais c’est très subjectif.

        Aujourd’hui, si j’ai pu m’ouvrir à ma conjointe de mes « envies » d’ailleurs, et obtenir l’autorisation d’être infidèle, c’est non seulement parce que nous avons mûri elle et moi (moi pour pouvoir avoir cette discussion, elle pour l’accepter) mais très certainement aussi parce que la société a bougé ; je sais qu’au moment de nos discussions, elle a consulté pas mal de forums sur la toile pour savoir comment d’autres pouvaient réagir (enfin, le « pourquoi » lui appartient, j’interprète) et je pense que ça l’a aidé à faire son cheminement et accepter. Je fais le pari qu’avec le temps, ça se facilitera plus encore mais votre génération est encore celle des pionniers !

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  4. TrulyMadlyLovely Abby

    Belle réflexion et introspection, je me retrouve pas mal dans ton cheminement.

    Il m’a fallu 30 ans d’existence et la moitié de galères amoureuses (peut faire pire note) afin de comprendre pourquoi j’étais à ce point contre le mariage. Cette fausse promesse impossible à tenir à mon sens, non pas par manque de respect pour l’autre, mais parce que tout dans la vie change tellement vite que personne ne peut garantir l’amour-toujours-intact à n’importe quel prix. Ca paraissait pourtant si évident et naturel pour les autres. Pourquoi un tel degré de « rebellitude » chez moi ??? (T’es une emmerdeuse c’est tout, tu finiras toute seule!).

    Sauf qu’à 18 ans on (j’aime bien parler de moi à la troisième personne) n’a pas – aux yeux du monde – la maturié nécessaire pour rendre notre jugement « valable » (Tu verras quand tu vieilliras, tu te marieras et tu auras des gosses comme tout le monde!)

    Il n’y avait pas non plus tous ces blogs passionnants et anticonformistes pour mettre des mots et idées claires sur ce que l’on ressent. Toute une commauté, en fait, qui partage le même ressenti et les mêmes aspirations.

    Alors j’ai (je reprends ma première personne) bouclé sur les mêmes erreurs de jugement et décisions destructrices jusqu’à ce que je trouve la force de dire stop, ainsi que la foi de me dire qu’il devait bien exister autre chose qui me correspond mieux quelque part ailleurs … Quitte à l’inventer !

    Et la OUF, google is your friend 😉 Et la vie prend son sens !

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  6. maude

    Super article !
    Il decrit bien comment je me sent je suis parcontre moin loin dans mon cheminement ! Cest seulement dernierment que j’ai decouvert cest option relationnel et cest réelement une revelation pour moi !
    J’ai a chacune de mes relations eu a me faire violence pour ne pas cédé a mes envies ! Je suis pour le moment dans une facheuse position ! En couple depuis 5 ans avec 2 enfants ! Mon conjoint est asser conventionnel je lui ai deja parle de ma peur (avoir des relations avec une seule personne pour le.reste de mes jour ) il ma semble tres peu entousiasme….
    Bref je suis incapable de trouve comment lui en parle !
    Merci d’ecrire sur ce sujet je vois que je ne suis pas seul dans ma situation

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