De la simple « provoc' » ?

voyeur-david-alfaro

J’ai de la chance quant à ma « situation » – de non-exclusive. La plupart de mes amis ou proches avec qui j’en parle comprennent mon point de vue, même s’ils ne le partagent pas. Certains de mes amis font d’ailleurs partie des gens qui m’ont amenée à approfondir et avancer dans cette réflexion. J’en discute, on échange des idées et points de vue ; il y a ceux qui m’ont fait réaliser à quel point l’exclusivité dans une relation de couple est un leurre (ceux qui « trompent », ceux qui vivent une histoire avec des personnes « en couple ») ; et ceux qui ont déjà adopté une position claire avec leur moitié sur ce sujet : tu fais ce que tu veux, tant que ça n’a pas d’impact sur notre relation, je veux pas le savoir.

Et puis il y a ces gens qui ne comprennent pas. Quand je dis « ça ne me dérange pas que mon mec couche avec d’autres personnes« , on me regarde comme si j’étais une extraterrestre. Quand j’explique que je considère que le sexe n’est pas synonyme de tromper ou trahir j’ai l’impression d’avoir sorti une énormité. Et la dernière fois que j’ai raconté combien de gens autour de moi (se) trompaient, et que je trouvais qu’il y avait selon moi une hypocrisie énorme derrière la notion de fidélité dans le couple, on m’a répondu que je me cachais derrière de faux arguments, que ma position cherchait simplement à provoquer.

Réac.
Du point de vue de certains, ne pas demander l’exclusivité sexuelle à son partenaire est une simple provocation, comme on se met à porter des jeans déchirés et des piercings à l’adolescence pour se « rebeller » contre les normes imposées par la société. Je serai donc une punk qui s’ignore, et porterai par ma décision des relents réactionnaires face à notre société bien -pensante – ce qui vu comme ça n’est peut être pas complètement faux.

Sous un certain angle, oui, décider que l’exclusivité sexuelle n’est pas obligatoire dans une relation amoureuse va à l’encontre des normes de notre société. Des normes imposées par une culture judéo-chrétienne qui puise ses origines à une période tout à fait lointaine, et où le mariage et l’exclusivité sexuelle qui venait avec visaient à limiter la transmission de maladies et les enfants bâtards – le schéma amour-mariage-enfants ayant par la suite été entretenu par un tas de folklore autour du romantisme et du « one-true-love-happily-ever-after ». Je ne crois plus à cette « norme ». Je ne sais d’ailleurs pas si j’y ai déjà vraiment cru.

J’ai aussi lu l’expression « anarchie sexuelle » pour parler du couple libre – concept que développe d’ailleurs rapidement Damasio lors du développement de sa Volution dans son (magnifique) roman « la Zone du Dehors« . Politiquement, je ne me considère pourtant pas proche des mouvements anarchistes – quoi que je trouve certaines idées intéressantes; mais je considère que lorsqu’on entre dans le domaine du privé et de l’intime, on doit avoir la liberté de choisir son mode de vie et ses pratiques – tant que celles-ci ne transgressent ou ne dérangent pas la liberté et le choix des autres. Malgré ce que quelques connards tradis essayent de faire entendre, nous avons le droit de disposer de notre corps comme il nous semble, de tomber amoureux de qui on veut et de baiser à l’envi, et ce sans rapport nécessaire à la loi, la religion ou autre mouvement socio-politique.

Il me semble donc qu’au 21e siècle on devrait pouvoir se détacher si on le souhaite de cette « normalité » apparente du couple sans pour autant être étiqueté « réac », « anar » ou autre. Il me semble qu’en tant que femme, on devrait pouvoir tenir un discours prônant le choix de sa sexualité telle qu’on l’entend, et que tout devrait être accepté sous réserve qu’on se met d’accord avec sa moitié. Je me pose la question : si mon délire était de me faire fouetter par un gros noir cagoulé, me dirait-on que c’est par pure provoc’ ? Si j’étais un homme infidèle, aurais-je reçu les mêmes réactions ?

Questions à approfondir…

Photo Voyeur – David Alfaro

6 Commentaires

  1. Comme une image

    (Elle est jolie, la photo.)

    Je trouve que c’est un sujet de discussion intéressant, en tout cas, à avoir avec ses copains : la conception du couple (ou pas). Et pas seulement un sujet de discussion, d’ailleurs : un sujet d’observation. Je ne m’en lasse personnellement pas (en commençant par mon couple, soit dit en passant !)

    Répondre
    1. Sophie (Auteur de l'article)

      C’est toujours intéressant d’échanger, surtout quand c’est dans le calme et le respect des autres 😉 C’est très constructif je trouve, même lorsqu’on ne partage pas le même avis on réalise aussi des choses sur soi, comment on fonctionne, nos valeurs…
      J’ai aussi beaucoup construit ma réflexion avec des partenaires (couples ou relations « autres »), je me rends compte qu’on partage beaucoup de points communs dans les raisons du choix de liberté 😉

      Répondre
  2. TrulyMadlyLovely Abby

    « Ah ouais, t’es comme ça toi. Bin pourquoi pas … Euh je juge pas hin … mais moi je pourrais pas ».

    C’est en général la réaction-type 🙂

    Sinon il y a le bon vieux: « Mais t’as pas peur qu’il trouve mieux et te quitte? »

    Ou encore: « T’as vraiment de gros besoins sexuels alors! ».

    Ca peut aussi arriver qu’un bon gros connard pointe le bout de sa bite avec un débile: « En fait votre couple est mort et vous ne vous l’avouez pas, c’est ça? ».

    Que du bonheur 😉
    Le mieux est encore de n’en parler qu’à ceux qui posent la question. Ca évite les dialogues de sourds, et de con.

    Répondre
  3. Pingback: L’hypocrisie de l’infidélité | La Quête de la Sainte Culotte

  4. MadameFlo

    Bonsoir,

    Je n’en n’ai jamais parlé à des amis verticaux, je crois qu’ils me verraient comme la dernière des folles.

    Pourtant, s’ils ouvraient un peu les yeux il se rendraient compte que découvrir que sa moitié a une aventure est bien plus douloureux que de se le dire dès le départ et de se coordonner dans ses « rdv ».

    Pour autant, rien n’est parfait :).

    Répondre
  5. LadyShagass

    L’éternelle question des choix de vie amoureux, de la définition du couple, de la fidélité, de l’amour. Il y a Des définitions, personne n’est d’accord, mais tout le monde pense avoir LA bonne pensée sur ces sujets. Et si on laissait juste chacun se débrouiller avec ses convictions et ses envies sans jugement ? C’est un sujet très intéressant et sur lequel je pourrais échanger des heures durant. Pas toujours simple dans tous les cas de savoir ce qu’on veut, ce qu’on accepte ou non dans nos relations, de s’écouter soi quand la société passe son temps à vouloir imposer un idéal prédéfini, et fait passer le reste pour de la déviance ou « de la provoc ». Moi-même dans mon couple, nous essayons constamment d’évoluer dans nos schémas et de voir quel mode de vie correspondrait finalement à nos attentes respectives.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *