Dans culture du viol, il y a viol

Oui, mais pas que. On ne peut pas réduire « culture du viol » à « viol ». Le mot culture a autant d’importance que le mot viol dans cette « expression ».

Avant d’aller plus loin et de détailler en quoi consiste la « culture du viol », il est important de rappeler quelques principes.

d-g-pub-sexisteLe premier principe est qu’il est légitime de se tromper. Vous, moi..Tout le monde se trompe. Ce n’est pas grave de se tromper. L’important étant d’accepter qu’on peut à tout moment se tromper et qu’on est prêt à creuser, chercher et garder l’esprit ouvert face à des choses qui nous paraissent insensées. C’est la réflexion qui permettra de déterminer si oui ou non, ce qu’on découvre est insensé.

Le deuxième principe, qui découle en fait du premier, est de prendre conscience que nous avons intégré bon nombre de comportements et schémas de pensés qui sont peut être erronés. Pour ma part, j’aimais manger des escargots. Une douzaine, deux douzaines… qu’importe. Armée de mon pic, je les mangeais avec gourmandise. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il n’y avait pas que du beurre d’escargot mais également un véritable escargot à l’intérieur de la coquille. Ça peut vous paraître bête, ça vous fait peut-être rire. Mais mettez vous deux minutes à ma place : pendant des années, j’ai cru que cette friandise ne contenait pas d’escargot. Le jour où je m’en suis rendu compte, j’ai été en colère envers tous ceux qui ont entretenu et laissé croire cette ineptie. Et l’envie de m’autoflageller. Comment ai-je pu être assez bête et naïve pour croire qu’il n’y avait pas d’escargot dans cette coquille ? Pourquoi n’ai-je jamais vraiment voulu savoir ce qu’il y avait dedans ? Soyons honnête : cela m’arrangeait de croire qu’il n’y avait pas de limace baveuse dans les coquilles d’escargot. Fainéantise intellectuelle ? Peut-être. Mais pas que. Pourquoi remettre en question ce que les grands me disaient et/ou me laissaient croire ? Et puis je trouvais ça bon ! Pourquoi donc se remettre en question ? Que cela pouvait-il bien changer ?

Tout. Ou presque. Je ne mange plus d’escargot. Pour comprendre ce qu’est la culture du viol, c’est un peu la même chose. Il y a encore peu de temps, la notion de « culture du viol » était très vague, voire quelque chose d’un peu fou et complètement grotesque. Jusqu’à ce que je lise, apprenne et réfléchisse.

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Pour bien comprendre, prenons un exemple concret : l’agression sexuelle de Jack. Inutile de revenir sur l’atrocité de cet événement, qui malheureusement est assez commun [1]. Concentrons nous sur les commentaires nauséabonds de certains internautes. En résumé, Jack raconte une agression sexuelle qu’elle a subie dans le métro et contre laquelle elle s’est défendue. En commentaire, « quelques » [2] hommes et femmes lui ont répondu qu’il fallait aussi comprendre cet homme. Rejetant donc la responsabilité sur Jack et non sur l’agresseur.

Le fait de justifier cette agression par la tenue de cette femme (« En même temps les meufs, vous êtes de plus en plus des putes sayait il fait plus de 20 degré et sa sort la jupe tsais« ), ou par un fait social (les pauvres hommes sont soumis à une excitation sexuelle permanente) ou en rejetant tout simplement la véracité de cette histoire (« je ne crois pas du tout à cette histoire« ), c’est rendre la victime fautive. Pourtant, sans vraiment y réfléchir, on peut se demander comment était-elle habillée. En poussant plus loin la réflexion, on se rend compte que sa tenue – qu’elle eut été « provocante » ou « trop courte » ou rien de tout ça – ne justifie en rien cette agression. Qu’est ce qui fait qu’au premier abord, on se demande si la victime ne l’a pas « cherché » ? C’est ce qu’on appelle la « culture du viol ». Un concept tellement bien intégré, que vous comme moi, on se demande – un court instant – si ce n’est pas un peu de sa faute.

(Soyons bien clairs, ce n’est en aucun cas sa faute. Et rien – absolument rien – ne peut justifier une agression sexuelle de la sorte – car oui, il s’agit d’une agression sexuelle.)

En gros, la culture du viol est la banalisation et la justification des violences sexuelles en pensant (inconsciemment) que le corps de la femme est disponible. Le fait de penser que le viol est en partie la faute de la violée[3] fait partie intégrante de la culture du viol. Mais les formes sous lesquelles s’expriment cette culture du viol sont diverses et variées. Cela va du viol, à l’agression sexuelle en passant par le harcèlement de rue [4]. Dire un « t’es bonne » (qui revient à peu près « je te casserai bien les pattes arrières« ), « est-ce que tu suces ? » ou simplement arrêter une femme dans la rue pour lui dire qu’elle a de gros seins [5] fait partie de la culture du viol.

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La culture du viol ne veut donc pas forcément dire « viol », ou pas au sens de la loi. Qu’elle porte une mini jupe, du rouge à lèvres ou un sac à patates ne justifient en rien qu’on puisse penser qu’elle est disponible sexuellement. Tout acte visant ou comportement faisant donnant l’impression que la femme est disponible sexuellement, sans son consentement explicite, alimente la culture du viol. Cela va de la main aux fesses, jusqu’à la photo volée sous une jupe, en passant par la mise en scène esthétique du viol.

Il est donc important, pour la liberté des femmes, de combattre la culture du viol. D’expliquer en quoi une attitude ou une remarque – a priori anodine – peut valider cette culture du viol. D’ailleurs, ce combat profite également aux hommes. En effet, parmi les stéréotypes que trimballe cette notion, il y a le fait que les hommes seraient dépendants de leurs pulsions sexuelles, incapables de se contrôler. En somme, des animaux soumis à leurs hormones. Alors qu’en réalité, comme toute pulsion, nous sommes capables, hommes comme femmes, de se contrôler.

Et si quelqu’un vous répond que les hommes ont des besoins sexuels supérieurs à ceux des femmes, sachez qu’il n’en est rien [6]. Mais ce sera certainement le sujet d’un autre article !

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Bibliographie:

Notes

[1]
Selon le reportage sur le harcèlement de rue d’Envoyé Spécial, une femme sur 5 s’est fait insulter au cours de la dernière année. Une femme sur 10 a déjà subi des baisers ou caresses non désirés.

[2]
Je mets ce « quelques » entre guillemets pour bien notifier que je sais pertinemment que tout le monde ne pense pas comme ces internautes. Et je m’aventurerais pas à dire qu’il s’agit d’une majorité ou d’une proportion bien définie. Mais ces personnes existent et ne sont pas le cas d’un fait « isolé ». C’est déjà de trop.

[3]
L’expression est ici volontairement mise au féminin. Le cas du viol des hommes n’entre pas tout à fait dans cet argumentaire. Bien que ceux-ci existent, la responsabilité n’est pas rejeté sur l’homme violé de la même façon. Généralement, le viol d’un homme est tout simplement nié (« L’homme ne peut pas être vulnérable » « Je suis désolée, mais pour moi, cela ne peut pas exister.»).

[4]
Le harcèlement de rue et le rapport au corps ne sera pas développé dans cet article, mais sera peut être l’objet d’un article à venir.

[5]
Ces trois exemples ne sortent pas de mon imaginaires, mais de fait vécus au cour de la dernière année. Qui ne sont que ds exemples parmi tant d’autres. Le tumblr Paye Ta Schnek offre un florilège important de ces tentatives de séduction urbaine.

[6]
Le fait que les hommes aient des besoins sexuels quasi incontrôlables et nettement supérieurs à ceux des femmes n’est qu’une construction sociale récente ! « Durant l’essentiel de l’Histoire occidentale, de la Grèce antique jusqu’au début du XIXe siècle, on supposait que c’était les femmes les obsédées de sexe et les adeptes de porno de leur époque. » – Traduction d’un article publié par la sociologue américaine Alyssa Goldstein sur le site Alternet.org.

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5 Commentaires

  1. audren

    J’aime bien cet article.

    Mon souci avec l’expression « culture du viol » rejoint un souci (allez, disons une réserve) que j’ai avec un certain nombre d’expressions utilisées dans les luttes féministes : elle est très violente. Alors oui, elle traduit une violence qui existe réellement, et elle frappe les esprits ; mais en même temps, le mot « viol » masque les nuances et les subtilités, et n’invite pas tellement à la réflexion ni à la remise en question des premiers intéressés.

    J’imagine qu’il y a un paquet de machos de base intimement persuadés qu’ils ne participent en rien à la culture du viol, puisque ça ne leur viendrait pas à l’idée de violer qui que ce soit ; simplement ils aiment bien vocaliser leur admiration pour les jolies formes quand elles passent dans la rue…

    Pour la question de savoir si on peut penser qu’une fille « l’avait bien cherché », j’aime bien les analogies et ce qu’elles révèlent :

    Quand un bourgeois encostardé paré d’une ostensible rolex se balade dans un quartier riche et qu’il se prend des sifflets et des quolibets sur sa tenue, voire se fait braquer sa montre, tout le monde déplore l’insécurité et s’en prend aux méchants délinquants. Quand le même bourgeois se fait harceler ou voler sa montre dans une banlieue défavorisée, il y aura probablement quelques voix pour faire remarquer qu’il cherchait les embrouilles. En gros, quand il n’est pas chez lui, il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même pour sa mésaventure.

    Donc se permettre de penser qu’une fille « l’a bien cherché » revient à penser
    que que les femmes ne sont pas chez elles dans l’espace public.

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    1. Sophie

      Intéressante ton analogie… (coucou c’est Sophie qui s’incruste pour répondre aux comms des posts de Louise)

      Je suis d’accord avec toi sur la « violence » de l’expression, qui la rend difficile à accepter. Personnellement j’ai un souci avec l’utilisatin de cette expression à outrance – en lisant l’article de Louise je comprends le sens, mais je ne trouve toujours pas l’expression juste dans ce qu’elle décrit.

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      1. Louise (Auteur de l'article)

        « mais je ne trouve toujours pas l’expression juste dans ce qu’elle décrit. »
        Je ne comprends pas ce que tu veux dire 🙁

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    2. Louise

      Effectivement, l’expression « culture du viol » est un peu violente, d’où ce premier article pour expliquer la démarche intellectuelle.

      « J’imagine qu’il y a un paquet de machos de base intimement persuadés qu’ils ne participent en rien à la culture du viol, puisque ça ne leur viendrait pas à l’idée de violer qui que ce soit ; simplement ils aiment bien vocaliser leur admiration pour les jolies formes quand elles passent dans la rue… »
      => Oui. Mais également des femmes ! Personnellement je ne supporte plus la drague agressive. Mais certaines ne trouvent pas cela dérangeant… (peut être un article à venir avec Sophie qui ne partage pas tout à fait mon point de vue :D)

      J’aime beaucoup l’analogie que tu fais. Je la réutiliserais surement pour un article sur le harcèlement de rue et la place de la femme dans l’espace public. Avec un peu de culture du viol et de viol) dedans. (Oui, je sais, ça fait envie comme ça)

      Merci beaucoup ce commentaire et ta contribution 🙂

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