BDSM, perversion et lâcher-prise

BDSM - menottes

Ce n’est pas un secret, je suis fascinée depuis très longtemps par l’univers et les codes BDSM. Par son esthétique, mais aussi par sa philosophie : le rapport au contrôle et au lâcher-prise, la douleur, les fétish associés, les relations maître/esclave, les jeux de rôle… Tout ça m’a très tôt intéressée, mais un peu comme le sexe anal, j’ai mis longtemps avant de comprendre le pourquoi et le comment, et où me situer dans tout ça. Il est aussi vrai que ce terme de BDSM est un fourre-tout merveilleux qui laisse pas mal de place à tous types de perversions.

NB: Oui, j’utilise ce terme de perversion comme traduction directe du terme kink en anglais – que je trouve beaucoup moins porteur de connotation négative et détaché d’un quelconque jugement moral vs le terme français. C’est d’ailleurs bien dommage que les termes de pervers ou perversion aient perdu leur lettres de noblesse en Français. Si par hasard vous avez un mot à me proposer comme équivalent francophone de « kinky« , je prends !

Dans BDSM, on a le Bondage et Discipline, les rapports de Domination/Soumission mais aussi le (bien connu mais porteur de beaucoup de clichés) Sado-Masochisme. Le tout pouvant être joyeusement mélangé et saupoudré de variations diverses, humiliation, fétish latex/cuir/autres, libertinage, fist… N’étant pas une pro du sujet, je m’arrêterais là pour la description. Ce qui est sûr, c’est quels que soient ses codes « particuliers », le BDSM n’est pas un « délire de tarés » qui aiment avoir mal et marcher à quatre pattes avec un mord de cheval dans la bouche (ou se faire en enfiler des boules de pétanque à la Fistinière). Dans n’importe laquelle de ses variantes, il y a un rapport très important (central ?) au contrôle vs le lâcher-prise, et par ce biais, au dépassement de soi. Et je crois que c’est là le coeur du sujet, l’intérêt de la chose, le pourquoi on y tombe et devient accro…

J’étais tombé sur ce reportage très intéressant sur le Tag (reportage malheureusement plus en ligne dans son intégralité) qui démonte pas mal de clichés et aprioris, et explique assez bien les différentes variantes et pratiques de la sphère BDSM. On réalise très vite que le BDSM est loin d’être ce truc « rigolo » mais un peu freaky, mais un vrai mouvement avec ses règles, ses codes et tout un tas de choses – mais aussi que le BDSM s’introduit parfois sans qu’on n’en ai conscience dans nos pratiques sexuelles, même en étant « vanilla« .

C’est un peu comme ça que j’ai découvert ce que j’étais – d’abord par le manque de quelque chose alors que j’étais en couple, quelque chose sur lequel j’avais du mal à mettre un mot, mais qui pourrait être ce côté « kinky » (mon ex était très vanilla). Via cette relation, j’ai aussi réalisé que je ne prends vraiment du plaisir que dans le lâcher-prise. Et puis comme souvent, ça a été des rencontres. Et c’est d’ailleurs la même personne que celui qui m’a initiée au sexe anal qui m’a fait comprendre et réaliser quelque chose que je savais depuis très longtemps au fond de moi (et pourtant en contradiction totale avec ce que je suis « IRL ») : je suis une soumise.

Sur cette prise de conscience, il ne restait plus qu’à approfondir le sujet en trouvant quelqu’un avec qui explorer cette révélation…

To be continued.

Reportage : BDSM It’s not what you think http://www.bdsmdocumentary.com

À lire aussi : Ma réddition, par Toni Bentley, danseuse étoile New Yorkaise qui raconte ici son autobiographie érotique, et sa découverte d’elle-même et de la plénitude via la soumission (et la sodomie).

 BDSM, pourquoi ils aiment ça – Article un peu bancal et inexact mais pas inintéressant sur le sujet

 Et ne me parlez PAS de 50 Shades of Grey comme référence… Merci 😛

Illustration par le talentueux m00n

14 Commentaires

  1. RiyeT

    Enfin on parle de choses vrai avec des vrais mots à propos de la perversion et du BDSM. Ca fait plaisir.

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      Merci 🙂 j’espère que la suite vous intéressera autant !

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  2. Comme une image

    Plutôt que « perversion » j’utiliserais bien le terme « déviance ». Les deux ont une connotation négative, mais à mes yeux le mot déviance ne contient pas ce sous-entendu de culpabilité, qui personnellement me gêne beaucoup dans ma conception de la sexualité. Avoir des envies qui dévie de la « normalité » est une chose, s’en sentir coupable (et éventuellement apprécier le sentiment de culpabilité né de la pratique/l’envie) en est une autre.

    Ta « révélation » (je suis soumise) me donne envie de la questionner mais je vais attendre le(s) prochain(s) épisode(s) !

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      C’est drôle que tu voies une connotation de culpabilité dans la perversion. Je trouve déviance beaucoup plus négatif que perversion…

      Questionner dans quel sens ? (tu vois tu fais du teasing)

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  3. Lou

    Merci pour ce bel article qui gomme bien des clichés !
    Les gens adeptes du BDSM tel que je le suis ne sont en effet pas des tarés !

    Déviance / Perversion, pour moi ce n’est que du vocabulaire… mais je préfère sincèrement être perverse plutôt que déviante (ou alors Divergeante pour coller à « l’actu ciné »)…

    Pour ma part, je suis soumise, depuis de longues années… et je vous souhaite de belles rencontres pour mettre des sensations sur toutes ces belles réflexions…

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      Merci Lou pour ce commentaire 🙂
      Je vous rejoins sur le terme perverse, et j’espère aussi ces belles rencontres !

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  4. Tony

    Article très intéressant !

    Et qui permet en effet d’effacer les clichés. Je suis moi-même plutôt dominateur, et j’ai pu découvrir ce plaisir avec ma copine actuelle, qui adore la soumission.

    De la même manière, elle s’est questionnée sur la contradiction entre sa personnalité « hors-sexe » et ses désirs de soumission. C’est quelque chose qui nous aura beaucoup fait parler !

    Je lui ai montré l’article et elle m’a dit s’être sentie quelque part « moins seule », même si elle avait déjà compris par elle-même qu’il n’y a, par exemple, pas de contradiction à être féministe tout en aimant la soumission et le kink.

    Surtout qu’en dehors des moments torrides que nous passons ensemble, je n’ai rien de macho ou dominant. 🙂

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      Je crois que c’est très souvent le cas – dans la « vraie vie » les couples D/s ne le sont pas tant que ça! Et d’après ce que j’ai pu lire, pas mal de soumis(es) sont des fortes personnalités avec des responsabilités dans leur vie pro et perso.

      Merci pour ton témoignage!

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  5. MadameFlo

    J’aurai tendance à parler de sexualité alternative plutôt que déviance (terme négatif) et je pointerais plutôt le libre de Eva Delambre.

    J’explique pour déviance: les anti-gays par exemple parlent de déviance sexuelle pour caractériser l’homosexualité.

    Le BDSM est très vaste, et sensuel. Je découvre aussi ce côté soumis de ma personnalité qui est plutôt contraire à mon tempérament général. De nombreux soumis vous diront qu’ils ont un caractère fort et qu’ils trouvent leur équilibre dans ce lâcher prise. Ce n’est pas si étonnant que cela. Dès la porte de la chambre à coucher est ré-ouverte, les rôles se réinversent.

    A bientôt et merci pour tous ces articles !

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  6. Vagant

    CUI a raison. Un bon article sur la différence entre déviance et perversion ici: http://www.nouvellestentations.com/faut-il-aller-au-bout-de-ses-fantasmes

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    1. Sophie (Auteur de l'article)

      Merci pour le lien !

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  7. Entrecuiretdentelle

    Billet fort intéressant.

    Moi-même très « kinky », j’ai tendance à utiliser ce mot à défaut d’un équivalent valable en français.

    En prenant le sens premier du mot, « hors normes » serait le plus proche. Sinon, « sexualité créative » pourrait être utilisé 🙂

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  8. GERALD BACQUET

    J’aime beaucoup le terme  » sexualité créative  » proposé par entrecuiretdentelle je le trouve trés gratifiant et votre article est trés enrichissant.
    Pourquoi toujours parler de BDSM , la plupart des gens ne savent même pas ce que signifie bondage , vous avez raison , c ‘est un fourre tout; restons simple, on aime être soumis, soumise comme on aime être dominant, dominatrice sans être forcément maso ou sadique.

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  9. David

    Bonjour et merci,

    il semble impossible de se demander pourquoi on désire être soumis ou dominant. La plupart des échanges, récits… sur le sujet sont fait pour phantasmer … mais pas pour se demander pourquoi on est comme ça. Pourquoi dans mon cas l’idée d’être soumis au désirs d’une femme dominante m’habite profondement et depuis si longtemps. Car cette femme c’est un peu moi qui l’appelle, qui la créée. Comme dans « Mon rêve familier » de Verlaine (‘…une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre…).

    Je pense déjà qu’être soumis entièrement à l’autre, c’est une sécurité absolue. On n’a plus rien à craindre, plus de peur d’être attaqué, défait, perdant… non, on se donne entiérement, on appartient à l’autre, on peut enfin lacher prise.

    Et puis c’est aussi un moyen d’avoir l’autre tout à soi, uniquement à soi. C’est encore une grande sécurité. Etre certain qu’elle éprouve un plaisir personnel à vous diminuer est extraordinaire. C’est être sur qu’elle n’est pas ailleurs dans sa tête, qu’on est pas seul finalement… Je ne suis jamais allé voir des professionnelles pour cette raison.

    Et puis également si elle et ses désirs deviennent notre monde, on est comme protégé du reste du monde et de la réalité. Il ne reste qu’à servir.

    Ce ne sont que quelques pistes car je cherche à comprendre pourquoi je suis ainsi. Il y a aussi quelquechose de très troublant c’est l’injustice, la cruauté. Le fait de n’être plus soi même, de perdre ses droits, sa raison… de perdre son esprit pour être au service d’un autre. Mais pourquoi cela fait tant de bien d’être diminué, de ne plus être soumis à soi même ?

    J’ajouterai que s’il s’agit d’un désir sexuel, il va plus loin que la simple sexualité. Il m’est arrivé dans des circonstantes professionelles désagréables, de faire revenir dans mes pensées cette femme intransigeante et dominatrice, et cela sans doute pour qu’elle me protége…

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