La peur du viol est une arme

À l’origine, cette réflexion devait être incorporée dans l’article Le violeur est-il un inconnu ?. Mais après discussions avec Sophie – ma fidèle correctrice – nous nous sommes rendus compte que cette réflexion devait faire l’objet d’un article à part. Je pense même qu’il y aura d’autres articles autour de la peur des femmes.

Pour bien comprendre cet article, il est important de lire Le violeur est-il un inconnu ?. En effet, dans celui-ci nous voyions que les agresseurs sexuels étaient plus souvent des personnes connues de la victime. Pire, dans un cas sur deux, l’agresseur est une personne proche (famille, conjoint ou ami).

Pourquoi occulte-t-on cette réalité ? Pourquoi se focaliser sur les viols par les inconnus ? Pourquoi créer la peur de sortir de chez soi, en utilisant le viol comme conséquence punitive ?

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On pourrait me rétorquer qu’il est difficile de se méfier des personnes en qui l’on a confiance. Il est donc plus facile de projeter la peur du viol sur un inconnu que sur un oncle. Mais pourquoi ne pas prendre le mal à la racine et inculquer quelques notions sur le rapport au corps ? Comme expliquer que notre corps est notre propriété privée et que personne n’a le droit d’y toucher sans notre consentement explicite. Qu’on l’inculque aux filles, pour qu’elles sachent dire non quand cela est nécessaire. Pour que les garçons sachent que les corps des filles ne sont pas à disposition. Pour que les garçons sachent que leur corps n’est pas non plus à la disposition des autres. En gros, lutter contre un maximum de viols, et non pas se focaliser sur le viol par un inconnu.

La réponse à cette question est difficile à entendre. Croyez-moi, quand j’ai lu ça, j’ai retourné la question dans tous les sens pour être sûre que je ne me trompais pas. Et pourtant cette réponse est d’une simplicité et d’une évidence à vous crevez les yeux.

Faire du viol un acte punitif envers les femmes qui se comportent permet de les garder à la « maison »1. Mais c’est pour leur bien ! Pour les préserver et leur éviter malheur ! La peur du viol est une arme utilisée contre les femmes pour réduire leurs libertés.

Pourquoi donc nous faire vivre dans un climat de peur de l’inconnu, a priori injustifié ? Pourquoi nous conseiller – voire nous obliger – à rester à la maison alors que le danger à l’intérieur même de notre cercle de confiance est plus important ?

Pourtant on apprend surtout aux femmes à ne pas se faire violer. Car s’il lui arrive malheur, c’est qu’elle l’aura bien cherché.

Notes

[1]

Par « maison » je parle de la sphère privée : c’est à dire un espace en interaction avec le cercle proche (mari, famille, amis proches)

 

Encore un grand Merci à Moon pour l’illustration de l’article 🙂

2 Commentaires

  1. Marietro

    Le problème ne viendrait-il pas de l’apprentissage à dire non, et donc à la liberté.
    Quand on éduque un enfant, c’est bien plus facile quand il dit oui aux contraintes (justifiées la plupart du temps) qu’on lui impose. Ce on = les éducateurs = parents, profs, adultes en général. Apprendre à dire non ou à demander ce qui est juste est un investissement fort des éducateurs en général.
    Un exemple tout bête : dans le car du collège, oses-tu demander à un autre qui a mis son sac à côté de lui de te faire de la place, ou choisis-tu de rester debout ?
    Oses-tu dire non à tes copains quand ils t’entrainent à faire une action dont tu n’as pas vraiment envie ?
    Respectes-tu le non de ton frère ou ta sœur qui n’a pas envie de jouer avec toi ?
    C’est un apprentissage à long terme, en respectant la maturité et la personnalité de l’enfant puis de l’adolescent. Et c’est difficile à mettre en place au quotidien en tant qu’adulte.

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    1. Louise

      Je suis entièrement d’accord sur le principe de dire non. Mais ici tu parles de dire « non » quand on t’empêche de sortir ?

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